Intelligence Terrain · Monnaie & Paiements

Vingt-quatre noms. Quinze entreprises.

Rédigé par Mercy A. Olagunju, conseiller en entrée de marché — Afrique francophone · Abidjan, Côte d’Ivoire · 20 septembre 2026

Le 16 septembre 2026, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest a publié une liste. Deux pages, un tableau, huit colonnes de pays. Titre : Homologation des API Business de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané. Corrigée le lendemain.

Personne n'en a fait grand-chose. C'est un document administratif, et il ressemble à ce qu'il est.

Comptez-le.

Ce que la liste dit quand on la lit à voix haute

Vingt-quatre homologations. Réparties ainsi : Bénin 1, Burkina 1, Côte d'Ivoire 8, Guinée-Bissau 1, Mali 1, Niger 2, Sénégal 9, Togo 1.

Premier constat, immédiat : dix-sept des vingt-quatre sont en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Soixante-et-onze pour cent de la liste régionale tient dans deux pays. Les six autres États se partagent sept lignes.

Deuxième constat, et il demande de lire les noms : Ecobank apparaît huit fois. Une fois par pays. Une homologation sur trois de toute l'Union porte le même nom.

Troisième constat, et celui-là personne ne l'a relevé. Touchpoint Financial Services figure deux fois — en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Ce n'est donc pas vingt-quatre entreprises qui ont été homologuées.

C'est quinze.

Vingt-quatre lignes. Quinze sociétés. Pour huit pays, cent quarante millions d'habitants, et la couche qui décide des paiements automatisés entre entreprises.

Ce qu'est une API Business, et pourquoi ça vous concerne

Le mot est technique et il fait fuir. Il ne devrait pas.

Une API Business, c'est la porte par laquelle le logiciel d'une entreprise parle directement à celui d'une banque. Vos paiements fournisseurs partent tout seuls. Vos salaires aussi. Vos encaissements reviennent dans votre comptabilité sans qu'une main les ressaisisse.

Sans elle, vous restez sur la version manuelle : un ordre de virement, une signature, un employé, une erreur de frappe un jour sur dix.

Avec elle, vous êtes branché au rail régional.

Alors regardez la liste avec les yeux d'un directeur financier. Une entreprise à Lomé, à Bamako, à Ouagadougou ou à Bissau qui veut automatiser ses paiements sur PI-SPI n'a pas un marché devant elle. Elle a un guichet.

Un tarif. Un niveau de service. Un délai de traitement. Et personne avec qui les comparer.

Ce que la liste ne dit pas

Le document est court. J'y ai cherché autre chose et je ne l'ai pas trouvé.

Aucune grille tarifaire. Pas un chiffre, pas un plafond, pas un principe. Ce n'est pas un trou dans ma recherche : c'est un trou dans le document. Le communiqué de lancement de PI-SPI, en septembre 2025 à Dakar, promettait aux particuliers un accès « simple, gratuit et instantané ». Ce que paie une entreprise, et à qui, n'est écrit nulle part que j'aie pu ouvrir.

Deux opérateurs mobiles seulement. MTN MFS en Côte d'Ivoire, Orange Finances Mobiles au Sénégal. Deux sur vingt-quatre. Le mobile money porte le paiement des particuliers dans cette zone — sur la couche entreprise, il n'existe presque pas.

Aucune file d'attente. Combien de dossiers sont en instruction dans les cinq pays à fournisseur unique ? Depuis combien de temps ? La liste ne le dit pas, et je n'ai trouvé aucun document qui le dise.

Le chiffre que personne n'a jamais publié

Revenez en arrière de trois mois.

Communiqué du 2 avril 2026. Quatre-vingts participants connectés : cinquante-neuf banques, neuf établissements de monnaie électronique, onze institutions de microfinance, un établissement de paiement. Échéance fixée au 30 juin.

Communiqué du 25 juin 2026, cinq jours avant cette échéance. Quatre-vingts participants connectés au 24 juin. Soixante-quatorze institutions en phase de test réel. Et l'échéance repoussée — au 30 septembre pour les banques, les EME et les établissements de paiement ; au 30 juin 2027 pour la microfinance.

Quatre-vingts en avril. Quatre-vingts en juin. Sur toute la période où l'échéance courait, où elle était publique et contraignante, le compteur n'a pas bougé d'une unité.

Et la formulation du report mérite qu'on s'y arrête : le délai est prolongé « pour l'ouverture effective des services ».

Connecté n'est donc pas ouvert. Le régulateur le dit lui-même, dans son propre texte.

Alors combien sont ouverts au public ?

J'ai relu les trois communiqués — celui du lancement, celui d'avril, celui de juin. Le nombre de participants connectés y figure. Le nombre en phase de test y figure. Le nombre d'établissements effectivement ouverts au public n'y figure jamais.

Ce n'est pas un chiffre bas. C'est un chiffre absent.

Ce que ça change si vous entrez

L'échéance tombe le 30 septembre 2026. Dans dix jours.

Trois choses à faire, maintenant, pas après.

Demandez par écrit. Votre banque est-elle connectée à PI-SPI, ou en test ? Ce n'est pas la même chose et on ne vous le dira pas spontanément. Posez la question par courrier et gardez la réponse.

Ne signez pas long là où il n'y a qu'une porte. Un engagement de trois ans pris dans un marché à un seul prestataire homologué se négocie au tarif du jour et se subit les deux années suivantes. Branchez-vous maintenant. Négociez court. Revoyez à chaque mise à jour de la liste — elle a déjà été corrigée une fois en vingt-quatre heures.

Et le 30 septembre, regardez ce que la banque centrale publie, pas ce qu'elle annonce. Si un nombre d'établissements ouverts sort enfin, le dossier avance. S'il ne sort pas, vous saurez quoi penser de la prochaine échéance.

Une date qu'on repousse une fois est un calendrier.

Un chiffre qu'on ne publie jamais est une réponse.

Ce que je n'ai pas pu vérifier

Le portail pispi.bceao.int sert un certificat expiré et refuse la connexion. J'ai travaillé sur le communiqué en PDF, accessible directement, et non sur le portail.

Je n'ai trouvé aucun texte de la BCEAO fixant une grille tarifaire, un plafond ou un principe de facturation applicable aux établissements et aux entreprises sur PI-SPI.

Je n'ai pas pu établir l'actionnariat de contrôle de chacune des quinze entreprises homologuées. Pour plusieurs d'entre elles, aucun dépôt public n'est accessible.

Je n'ai trouvé aucun document décrivant le cahier des charges d'une homologation API Business : capital exigé, coût, délai d'instruction, voie de recours.

Enfin, je n'ai pas pu établir l'état réel de connexion des établissements du Mali, du Burkina Faso et du Niger — États sortis de la CEDEAO mais toujours membres de l'UEMOA, du franc CFA, de la BCEAO et de l'OHADA. C'est la question la plus intéressante du dossier. C'est aussi celle sur laquelle je n'ai rien.

Sources

Écrit depuis Abidjan. La liste est publique depuis le 16 septembre. Il a suffi de compter les noms au lieu des lignes.

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