Une monnaie. Huit marchés.
On répète souvent que l'Afrique n'est pas un marché, mais cinquante-quatre pays. C'est vrai. C'est aussi encore trop large pour décider de quoi que ce soit.
Prenez la zone la plus harmonisée du continent. L'UEMOA, c'est huit pays, une monnaie, une banque centrale, et un droit des affaires commun sous l'OHADA. Si des règles communes suffisaient à faire un marché, ce serait celui-là.
Ce n'en est pas un. Ce sont huit.
Même rail, huit résultats
Les 16 et 17 septembre 2026, la BCEAO a publié la liste des API Business homologuées pour PI-SPI, son rail de paiement instantané. Le même texte, la même banque centrale, le même calendrier pour tout le monde.
Voici le décompte par pays : Sénégal, 9. Côte d'Ivoire, 8. Niger, 2. Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Mali, Togo : une homologation chacun.
Deux pays concentrent dix-sept lignes sur vingt-quatre. Dans cinq pays sur huit, un seul acteur homologué.
La règle était identique. Le marché qui l'a reçue ne l'était pas.
Même formalité, trois prix
Créer une SARL en Côte d'Ivoire. Le portail public eRegulations publie le barème poste par poste : 289 200 FCFA en passant par le Guichet unique du CEPICI, en deux à quatre jours ; 478 900 FCFA en allant d'administration en administration, en treize à vingt-deux jours. Même résultat juridique.
Sur le terrain, j'ai vu trois paliers. Autour de 100 000 FCFA, ce n'est pas un cabinet, c'est quelqu'un qui connaît le chemin : la société existe, et après, plus personne. À partir de 170 000 à 200 000 FCFA, c'est un cabinet, et le suivi fiscal est compris : quand payer, combien, comment, pour que la société ne soit pas fermée administrativement dans un an.
Alors l'écart de prix n'achète pas la formalité. Il achète ce qui vient après.
Même règlement, un texte mort
Le contrôle des changes est commun aux huit pays. Pourtant, une grande partie des notes de conseil cite encore le Règlement n° 09/2010/CM/UEMOA. Il a été abrogé le 20 décembre 2024 par le Règlement n° 06/2024/CM/UEMOA, signé à Bamako, article 35. L'article 36 le fait entrer en vigueur le jour même.
Une règle commune ne protège de rien si personne ne vérifie laquelle est en vigueur.
Même agrément, une seule date pour tout le monde
Depuis l'instruction n° 001-01-2024 de la BCEAO du 23 janvier 2024, offrir un service de paiement dans l'Union demande un agrément. La période de mise en conformité a été repoussée deux fois : d'abord au 31 janvier 2025, puis au 1er mai 2025. Depuis cette date, l'avis n° 004-03-2025 du 19 mars 2025 est clair : « à compter du 1er mai 2025, toute structure non agréée conformément aux exigences de l'instruction susvisée, doit cesser d'offrir des services de paiement dans l'UMOA ».
Une date unique, huit pays, et des écosystèmes fintech qui n'ont ni la même taille ni le même nombre de dossiers à instruire. La règle tombe le même jour partout. Elle ne trouve pas le même terrain.
Même langue, pas le même texte
Je relis des campagnes que des marques mondiales préparent pour l'Afrique francophone. Le défaut qui revient le plus souvent : le titre est en français, les badges sont restés en anglais, et rien n'indique si le contenu est en version française. C'est pourtant la première chose que ce public vérifie.
Personne n'écrit pour s'en plaindre. On passe au suivant, c'est tout.
Ce que ça change pour vous
Si votre plan d'entrée dit « UEMOA », il n'est pas fini. Posez-lui quatre questions. Quelle ville ? Quelle banque ? Quel texte en vigueur ? Et qui décroche le téléphone le jour où ça coince ?
Venez avec une carte de la zone. Repartez en sachant par quelle rue vous entrez.
La carte, c'est pas la route.
Ce que je n'ai pas vérifié
La liste de la BCEAO compte des homologations, pas des services ouverts au public. Combien fonctionnent réellement dans chaque pays, aucun document public ne le dit.
Le barème eRegulations est calculé pour une SARL au capital d'un million de FCFA ; les postes proportionnels changent avec votre situation. Sa date de dernière mise à jour n'a pas été relevée.
Les prix de terrain (100 000 et 170 000 à 200 000 FCFA) sont des observations directes à Abidjan, pas un barème.
Sources
- BCEAO, Homologation des API Business de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), 16 septembre 2026, mise à jour du 17 septembre 2026. Décompte par pays relevé directement dans le document.
- eRegulations Côte d'Ivoire, Créer une société commerciale via le Guichet Unique du CEPICI (7 étapes, 289 200 FCFA, 2 à 4 jours) : cotedivoire.eregulations.org/procedure/96/101
- eRegulations Côte d'Ivoire, Créer une société directement auprès des administrations (16 étapes, 478 900 FCFA, 13 à 22 jours) : cotedivoire.eregulations.org/procedure/93/95
- BCEAO, instruction n° 001-01-2024 du 23 janvier 2024 relative aux services de paiement dans l'UMOA ; avis n° 004-03-2025 du 19 mars 2025 sur la fin de la période transitoire (échéance du 1er mai 2025).
- CNUCED (UNCTADstat), structure des exportations par groupe de produits : les produits primaires représentent 76,7 % des exportations de marchandises de l'Afrique en 2025.
- Règlement n° 06/2024/CM/UEMOA du 20 décembre 2024 relatif aux relations financières extérieures des États membres de l'UEMOA, articles 35 et 36.
- Observations de terrain, Abidjan, 2026.
Écrit depuis Abidjan. Tous ces documents sont publics. Il suffisait de les lire pays par pays.
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