PI-SPI, un an après : cent soixante-quinze portes, et un plafond à 8 000 francs
Le 30 septembre 2025, à Dakar, la BCEAO lançait sa plateforme de paiement instantané en promettant aux populations un accès « simple, gratuit et instantané » à leurs fonds.
Un an plus tard, jour pour jour, l'échéance de raccordement tombait pour les banques et les établissements de monnaie électronique et de paiement. La microfinance, elle, a jusqu'au 30 juin 2027. Beaucoup attendaient un nouveau report, comme on attend la pluie annoncée à la radio. Il n'est pas venu.
À la place, la banque centrale a publié une liste, puis un communiqué. Et le communiqué a changé le sens d'un mot.
Ce qui a été publié
Le 30 septembre 2026, la BCEAO a publié la Liste des participants autorisés à ouvrir les services de PI-SPI au public. Cent soixante-quinze noms :
| Pays | Participants |
|---|---|
| Sénégal | 43 |
| Côte d'Ivoire | 38 |
| Burkina Faso | 20 |
| Mali | 19 |
| Bénin | 18 |
| Togo | 17 |
| Niger | 13 |
| Guinée-Bissau | 7 |
En Côte d'Ivoire, les quatre grands portefeuilles mobiles y figurent : Orange Money, MTN Money, Moov Money et Wave Côte d'Ivoire. Au Sénégal, Wave Digital Finance aussi.
Le 2 octobre 2026, un communiqué : « 175 participants connectés », et « plus de 38 millions de personnes » qui peuvent accéder au paiement instantané. Puis trois décisions, à compter du 2 novembre 2026 :
- les transactions de monnaie électronique interopérables au sein de l'Union passent obligatoirement par PI-SPI ;
- à l'envoi, les transferts nationaux sont gratuits jusqu'à 8 000 FCFA cumulés par jour, par utilisateur et par participant ; au-delà, des frais de 0 à 0,8 % sont permis ;
- à la réception, c'est gratuit, sans limite.
Les mêmes conditions s'appliqueront entre pays de l'Union à partir du 1er juin 2027.
Le mot qui a changé
En 2025, « gratuit » était une promesse. En 2026, c'est un plafond : un peu plus de 12 euros par jour.
La BCEAO assume le calcul. À ce seuil, écrit-elle, la gratuité couvre 75 % des transactions de monnaie électronique de l'Union. Autrement dit, les trois quarts des transferts sont de petits montants, et c'est eux qu'elle protège. Le commerçant qui envoie 50 000 francs à son fournisseur, lui, est déjà de l'autre côté de la ligne.
C'est un choix défendable. Mais appelons-le par son nom : le gratuit universel de l'inauguration est devenu un gratuit ciblé. Le communiqué parle d'ailleurs d'un « meilleur ciblage des populations susceptibles de bénéficier de la gratuité ». On ne cible que ce qu'on a cessé d'offrir à tout le monde.
Où j'avais eu tort
Le 20 septembre, j'ai écrit dans ces pages que le nombre d'établissements ouverts au public « n'y figure jamais », que c'était « un chiffre absent ».
C'était faux.
La BCEAO publie depuis le lancement des listes d'établissements autorisés à ouvrir les services au public : soixante-deux noms début octobre 2025, une mise à jour en février 2026, cent quatre fin juillet selon la presse économique, et ces cent soixante-quinze au 30 septembre. Je lisais les communiqués. La réponse dormait dans les listes, sur le même site.
J'avais aussi compté quinze entreprises derrière les vingt-quatre API Business homologuées. Recomptées nom par nom sur la liste de la BCEAO : il y en a seize. Ecobank occupe huit lignes, Touchpoint deux, et les quatorze autres sont distinctes.
Les deux articles concernés sont corrigés, et ils disent où. J'aime mieux ramasser ma flèche devant vous que la laisser pourrir dans l'herbe.
Ce qui n'est toujours pas publié
La liste dit qui a le droit d'ouvrir. Elle ne dit pas qui sert vraiment.
Aucun chiffre d'usage. Ni nombre de transactions, ni montants, ni utilisateurs actifs. « 38 millions de personnes » qui peuvent accéder n'est pas 38 millions de personnes qui utilisent. Une route goudronnée jusqu'au village ne dit pas combien de camions la prennent.
Aucun chiffre par participant. Être sur la liste ne dit pas si le service marche au guichet, à quelle heure, ni avec quel taux d'échec.
La question des frais entre participants n'est pas tranchée publiquement. La presse sénégalaise, notamment OSIRIS fin septembre, rapporte que le partage des coûts entre établissements reste en discussion, et que les petits acteurs le redoutent. Je n'ai lu aucun texte de la BCEAO qui le règle.
Le revers que les affiches ne montrent pas
L'argent ira se faire payer ailleurs. Quand une route est gratuite, le péage déménage. Le communiqué plafonne les frais sur les transferts interopérables. Il ne dit rien des transferts à l'intérieur d'un même réseau, ni du retrait d'espèces. La presse sénégalaise cite déjà l'exemple d'un envoi Wave vers Wave facturé quand le même montant vers un autre réseau, via PI-SPI, ne le serait pas. Je n'ai pas vu la nouvelle grille de Wave : je le note comme une alerte, pas comme un fait.
Le Sahel n'est pas vide, mais il est mince. Mali 19, Burkina 20, Niger 13. Dans le précédent article, j'avouais ne rien savoir de ces trois pays. Maintenant je sais qu'ils sont sur la liste. Wave, en revanche, n'apparaît ni au Mali ni au Burkina. Le Niger ne compte que deux portefeuilles mobiles listés.
La banque centrale mélange ses propres compteurs. En juin, elle écrivait « 80 participants connectés ». Fin juillet, sa liste d'établissements autorisés à ouvrir en comptait déjà cent quatre, selon Sikafinance. En octobre, elle écrit « 175 participants connectés », soit exactement le nombre de sa liste d'ouverture. La distinction entre connecté et ouvert, que j'avais crue sacrée, l'est moins dans ses propres textes que dans les miens.
Ce que ça change si vous êtes une entreprise dans la zone
Avant le 2 novembre, demandez par écrit à votre banque et à votre opérateur trois choses : leur grille sur PI-SPI au-delà de 8 000 francs, leur grille sur leur propre réseau, et leurs frais de retrait. C'est dans l'écart entre les trois que se cachera votre coût réel.
Si vous payez des fournisseurs ou des agents en mobile money, votre montant moyen dépasse presque sûrement 8 000 francs par jour et par compte. La gratuité ne vous concerne pas ; le taux de 0 à 0,8 %, si. Négociez-le maintenant, pendant que chacun cherche ses premiers clients.
Si vous entrez sur le marché en 2027, regardez le 1er juin. Ce jour-là, un transfert de Dakar à Abidjan doit coûter, sur PI-SPI, ce que coûte un transfert de Plateau à Yopougon. Ce sera la vraie date de naissance du rail régional. Ou la prochaine échéance qu'on repousse.
Un rail, c'est comme un puits creusé au milieu du village. Le jour où on le creuse, tout le monde applaudit. Ce qui compte, c'est combien de seaux y sont descendus au bout d'un an. Ce chiffre-là, la BCEAO ne l'a pas encore publié.
Venez avec la date ; repartez en sachant ce qu'elle coûte vraiment.
Ce que je n'ai pas pu vérifier
- Les conditions tarifaires appliquées avant le 2 octobre 2026. La presse rapporte un nombre de réceptions gratuites par mois puis des frais ; je n'ai pas lu le texte de la BCEAO qui les fixait.
- Le chiffre de 45 établissements le jour du lancement, repris par la presse : aucune pièce de la BCEAO trouvée.
- La nouvelle grille de Wave : non publiée à ma connaissance.
- Fraudes, pannes, plaintes d'usagers : rien de documenté trouvé. Ce n'est pas la preuve qu'il ne se passe rien.
Sources
- BCEAO, Liste des participants autorisés à ouvrir les services de PI-SPI au public (175), 30 septembre 2026 — décompte par pays relu dans le document.
- BCEAO, communiqué du 2 octobre 2026 — 175 participants, plus de 38 millions de personnes, obligation au 2 novembre 2026, gratuité jusqu'à 8 000 FCFA cumulés par jour, frais de 0 à 0,8 %, réception gratuite, transferts intra-UEMOA au 1er juin 2027.
- BCEAO, lancement officiel de PI-SPI, Dakar, 30 septembre 2025.
- BCEAO, communiqués du 2 avril et du 25 juin 2026 — connexion et prolongation.
- BCEAO, Liste des API Business PI-SPI homologuées (24), septembre 2026 — recompte nom par nom.
- Wakatsera (octobre 2025), Financial Afrik (5 mars 2026), Abidjan4All citant Sikafinance (juillet 2026) — listes précédentes de 62 et 104 établissements.
- OSIRIS (Sénégal), septembre–octobre 2026 — Wave et PI-SPI, partage des coûts.
- Financial Afrik, 4 octobre 2026 ; Senego, 5 octobre 2026 — couverture du communiqué du 2 octobre.
Écrit depuis Abidjan. Les deux listes de la BCEAO ont été recomptées à la main le 8 octobre 2026.
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