Intelligence Terrain · Signal de marché

Trois plateformes autorisées. Il en reste une.

Rédigé par Mercy A. Olagunju, conseiller en entrée de marché — Afrique francophone · Abidjan, Côte d’Ivoire · 9 octobre 2026

En janvier 2025, l'État ivoirien a autorisé trois plateformes de VTC à exercer : Uber, Yango et Heetch. Le régulateur des télécommunications et la Direction générale des transports terrestres avaient signé ensemble. On aurait dit un mariage célébré devant tout le village.

Vingt et un mois plus tard, faites l'appel.

Uber a coupé son application fin septembre 2025, presque six ans après son arrivée de décembre 2019. Heetch a éteint la sienne le 27 juin 2026. Yango est encore là. La presse automobile lui prêtait en septembre environ 25 000 véhicules inscrits.

Trois ont reçu la clé de la maison. Un seul y dort encore.

Uber, c'est quoi votre problème, exactement ?

La voiture n'est pas à vous. L'essence dans la voiture n'est pas à vous. Le chauffeur n'est pas à vous. La route n'est pas à vous.

La seule chose que vous possédiez, c'était ça : vous connaissez un gars qui connaît un gars.

Et avec ça, vous avez quand même échoué au Nigeria. Au Nigeria. Le pays où tout le monde connaît un gars qui connaît un gars.

Le 2 septembre 2026, après douze ans, Uber a quitté le Nigeria, et l'Ouganda après dix, sans donner de raison précise, sinon des « priorités qui évoluent ». Une plateforme qui ne possède que la mise en relation et qui perd la bataille de la mise en relation, c'est un griot qui oublie le nom des familles. Il peut encore chanter. Personne ne le paie plus.

Ce qu'on vous racontera

On vous dira qu'Uber est tombé à Abidjan pour un détail de paiement : il payait ses chauffeurs à la semaine, dans une ville où le plein se fait le matin. L'argument circule, il est séduisant, et je l'ai moi-même écrit en septembre.

Il est incomplet.

En janvier 2025, huit mois avant de partir, Uber avait ajouté le paiement instantané par mobile money pour ses chauffeurs ivoiriens. Et il acceptait les espèces depuis son lancement. Un problème réparé huit mois avant la fin n'est pas, à lui seul, la cause de la fin.

Ce qui a pesé plus lourd

L'argent d'en face. The Africa Report rapporte que Yango dépensait plusieurs millions de dollars par mois pour subventionner ses courses. Quand le voisin vend le pain moins cher que la farine, la qualité de votre four ne décide de rien.

Le prix. Uber s'était placé plus haut, sur une clientèle aisée. À Abidjan, le gros du trafic se gagne au franc près, et le client qui marchande le prix d'un woro-woro ne paie pas le double pour une application.

La taille. Pour Uber, Abidjan était un petit marché. Le même jour qu'il quittait le Nigeria, le groupe lançait à Londres des courses autonomes, encore supervisées par un chauffeur agréé assis à bord. Le capital va là où il espère, un jour, se passer du chauffeur. Abidjan n'est pas encore sur cette carte.

Le revers : un marché à une seule tête

Ce n'est une bonne nouvelle ni pour le passager, ni pour le chauffeur.

Quand deux des trois plateformes autorisées sont parties, celle qui reste fixe les prix, les commissions et les règles. Un seul coq dans la basse-cour chante quand il veut.

Le 13 août 2026, la DGTTC reconnaissait elle-même que le secteur était en proie à un « grand désordre », avec « un manque de statistique fiable pour l'encadrer ». Elle annonçait une autorisation pilote, un comparateur de prix et un plafonnement des tarifs. À ce jour, je n'ai vu aucun de ces trois outils en service.

Un régulateur sans chiffres arbitre un match dont il ne connaît pas le score.

Ce que ça change si vous entrez avec un modèle de plateforme

Courses, livraisons, abonnements : posez trois questions avant la première ligne de code.

  1. Qui attend, et combien de temps ? Chauffeur, livreur, commerçant : dans votre modèle, qui avance l'argent, et quand le récupère-t-il ? À Abidjan, on fait le plein le matin.
  2. Qui subventionne en face, et jusqu'à quand ? Si votre concurrent brûle de l'argent pour acheter le marché, votre plan doit dire combien de mois vous tenez sans le suivre.
  3. Qui compte ? Si le régulateur n'a pas de statistiques, votre tableau de bord sera la seule vérité dans la salle. Tenez-le comme une pièce à conviction.

Arriver avec le meilleur modèle du monde ne suffit pas. Il faut arriver avec celui qui tient debout le jour où l'autre baisse ses prix.

Venez avec votre modèle ; repartez en sachant qui, dans votre chaîne, attend son argent.

Ce que je n'ai pas pu vérifier

Sources

  1. Ecofin Agency, 29 septembre 2025 ; LaunchBase Africa, 29 septembre 2025 — départ d'Uber de Côte d'Ivoire.
  2. Connection Ivoirienne, 6 décembre 2019 — lancement d'Uber à Abidjan.
  3. Africa Signal, septembre 2026 — autorisations de janvier 2025 ; paiement instantané d'Uber en janvier 2025.
  4. Afriveille, 26 juin 2026 — arrêt de Heetch au 27 juin 2026.
  5. AutoMag, 11 septembre 2026 — parc Yango (presse).
  6. The Africa Report — subventions de Yango.
  7. Digital Mag, 2025 — comparaison de prix Uber / Yango.
  8. BBC, The Africa Report, Al Jazeera, septembre 2026 — sortie du Nigeria et de l'Ouganda ; The Africana Voice — « shifting business priorities ».
  9. Uber Newsroom, 2 septembre 2026 — courses autonomes avec Wayve à Londres.
  10. Gouvernement de Côte d'Ivoire, gouv.ci, 13 août 2026 — réformes annoncées par la DGTTC.

Écrit depuis Abidjan.

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